On a toujours fait comme ça, pourquoi ça changerait !

November 10, 2014

 

« Avant on faisait comme ça ! ».

On a tous entendu ce refrain, plus aussi doux à nos oreilles aujourd’hui quant à certaines pratiques autour de l’enfant.

 

Les vieilles habitudes ont la vie dure ; ou plutôt avaient la vie dure.

Car en effet tout ce qui a trait à l’enfant côté santé, bien-être, motricité, respect et pédagogie a bien évolué depuis ces dernières années, et heureusement d’ailleurs, concernant certains agissements.

 

Nous verrons  comment de nombreuses pratiques de professionnels de la petite enfance ont changé en un siècle et comment l’enfant est enfin devenu l’acteur principal de la pièce qu’il rejoue chaque fois qu’il est accueilli en crèche.

Oui, il faut évoluer avec son temps et ouste certaines anciennes pratiques qu’on pourrait juger inconcevables aujourd’hui, dans un monde où les notions de bienveillance, d’éducation positive ou de droits de l’enfant font rage.

L’accueil des enfants dans les crèches a énormément changé. Les analyses de pratiques ainsi que les conditions propres de l’accueil ont été repensées.

 

L’hygiène est une des mesures sur laquelle l’accent a été mis ces dernières décennies.

 Au début du 20ème siècle, les crèches sont réputées pour leur état sanitaire déplorable. Les médecins font alors leur entrée dans les structures et les crèches deviennent « hygiénisées » et aseptisées.

« Les métiers de la petite enfance se professionnalisent et en 1923 le Ministère de la Santé confie la direction des crèches à des infirmières ou des sages-femmes, accentuant ainsi le caractère hospitalier des crèches. »

Les crèches deviennent alors des établissements dits  « sanitaires et sociaux » au titre duquel on les reconnait de nos jours.

 

On citera le « Printemps des crèches » qui décrit parfaitement cet aspect déshumanisé de l’accueil du jeune enfant.

« La mère arrive le matin , son bébé dans les bras. Elle le pose sur une grande table à langer recouverte d'un plastique lavable et commence à le déshabiller, à côté d'autres mères. Une fois l'enfant nu, la mère l'emmène jusqu'à la seconde porte du vestiaire; le bas de celle-ci est fermée, le haut au contraire est ouvert et forme un « guichet ». Ailleurs, une porte vitrée, éventuellement ouverte. Quelquefois on trouve une sonnette au mur pour appeler l'auxiliaire.

Lorsqu'elle se trouve là, l'enfant lui est tendu par sa mère, par-dessus ce fameux guichet. Parfois quelques mots brefs, et l'enfant disparaît.

 

Une fois habillé, après avoir été dans certains cas lavé auparavant, le bébé va être pesé. Puis après avoir bu le jus d’orange, il est directement posé dans son berceau où il lui arrive d'être attaché, dans certaines crèches. C'est là sa place. S'il pleure, on considère généralement qu'il finira bien par se calmer ou s'endormir. Il est seul, sans objet familier, sans jouet dans la plupart des cas, dans un monde dont il ne perçoit que la blancheur monotone (murs, draps, uniformes du personnel) et l'odeur insistante des produits d'entretien. »

 

Une auxiliaire ayant travaillé durant ces années-là se rappelle : « lorsque les enfants arrivaient, ils étaient donnés aux professionnels à travers une petite trappe. On  leur mettait un habit identique pour tous les enfants et pour finir on les plaçait sur un tapis de jeux individuel avec lequel ils avaient le droit de se déplacer ». Cette démarche s’inscrivait dans une volonté d’éviter la prolifération des germes de l’enfant en l’empêchant de sortir de son espace (le tapis) à lui.

Ça donne froid dans le dos non ?

 

La place des parents, quant à elle, reste à construire à cette époque. Le parent n’est pas du tout inscrit dans la vie de la crèche.

« Il n’existe aucun contact entre la famille et la crèche jusque dans les années soixante-dix. A leur arrivée à la crèche, les enfants sont déshabillés, passés par une sorte de passe-plat, lavés et habillés avec les vêtements de l’établissement par les berceuses.

Les parents n’ont pas la possibilité d’entrer dans la crèche et de dialoguer avec les professionnels qui prennent soin de leurs enfants.

Cependant, en lien avec la création du diplôme d’éducatrice de jeunes enfants qui leur donnent une légitimité dans l’accompagnement des parents, les crèches vont petit à petit procéder à leur ouverture sur la famille. »

 

L’espace d’échange parent/professionnel va évoluer, passant de simples entretiens avec la directrice en guise de contact, à l’élaboration et l’instauration  d’un temps réservé aux transmissions que nous connaissons bien aujourd’hui.

 

De même la circulaire de 1933 permet aux parents de rester avec leur enfant à son arrivée sur le lieu d’accueil. Un temps de transition jugé nécessaire et bénéfique pour l’enfant.

 

On arrive ainsi doucement vers une humanisation des pratiques et une meilleure considération de l’enfant. Quelques années plus tard,  La Convention internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), ou Convention relative aux Droits de l’Enfant, sera d’ailleurs adoptée le 20 novembre 1989.

D’une manière plus globale, on constate une évolution générale dans le monde médical et une remise en question de certaine prescriptions et médications au sein des structures.

 

La plus connue est bien évidemment la fameuse « baisse de la température » en cas de fièvre. Fini le temps où l’on plongeait l’enfant dans un bain d’eau froide pour faire baisser sa température. Cette pratique jugée dangereuses (car provoquant un choc thermique sévère et pouvant également entrainer des convulsions) a été remplacée par une gestion de la fièvre basée sur des moyens dit « physiques ». L’enfant est raisonnablement découvert et non mis en body alors que c’est l’hiver (cela revient au même que de le plonger dans un bain froid) et est hydraté très régulièrement. La prise de « Doliprane » est, elle aussi remise en question. Depuis cette année, on n’administre plus de paracétamol à titre systématique, mais seulement en fonction de l'inconfort de l'enfant (pédiatrie pratique de 2013) et les convulsions fébriles ne sont plus jugées dangereuses.   Les dernières études médicales concernant la prise de paracétamol en cas de fièvre préconisent de ne plus en donner systématiquement.

 

 

L’alimentation de l’enfant en cas de diarrhées ou vomissements aigus a, elle aussi, connu son lot de changements. Mais attention, là encore tout dépend des pratiques du pédiatre.

Avant,  l’alimentation lactée était totalement supprimée du régime alimentaire de l’enfant durant toute la période de maladie. Du « Diargal » était systématiquement prescrit pour remplacer le lait de l’enfant.

Aujourd’hui, l’alimentation lactée ne sera pas pour autant modifiée et la consommation de yaourts encouragée, car riches en probiotiques, bons pour lutter contre certaines bactéries responsables de ces maux. La consommation d’aliment connus pour leurs vertus laxatives ou au contraire qui constipent sera encouragée (carotte, banane, pruneau, légumes verts etc. …)

 

La prise de température se fait de plus en plus par voie axillaire et non plus rectale, pratique jugée trop intrusive.

 

On pourra également faire un parallèle entre évolution des pratiques professionnelles et reconnaissance de ce qu’on appelle plus communément dans le jargon professionnel « les douces violences ». Parallèle oui, car ces évolutions vont de paire avec la considération et la reconnaissance apportée à l’enfant.

Avant,  les bébés étaient changés à la « chaine », sans prendre le temps de communiquer avec eux par le regard, les mots (c’est encore le cas dans certaines structures manquant de personnel ; mais ceci est un autre débat). On levait leurs petits pieds en l’air afin de mettre la couche. Cette pratique considérée comme une douce violence, mais pas que, s’ajoute au répertoire des pratiques ayant évolué concernant la prise en compte de la physiologie de l’enfant. 

Effectivement, on apprend aujourd’hui dans les écoles d’auxiliaire de puériculture à basculer les hanches de l’enfant afin d’y glisser la couche pour éviter de solliciter à tort ses vertèbres et ses lombaires encore immatures. Coucher un enfant tout habillé plutôt que prendre le temps de le glisser dans une turbulette bien douillette et confortable : encore une pratique jugée peu contenante.

On pourrait également citer les conditions d’accueil pour le repas : les bavoirs posés sous l’assiette, bloquant ainsi l’enfant dans ses mouvements, pour unique but à priori que d’éviter de salir le sol ou la table. Cet usage, je l’avoue, reste pour moi un mystère et je n’arrive pas à lui accorder du sens ; et malgré tout, cette pratique persiste. Peut mieux faire, question respect de la motricité libre de l’enfant !

Ou bien ne donner à boire à l’enfant qu’en fin de repas, ou encore (et ce n’est pas vraiment joli) installer les enfants les uns à côtés des autres et leur donner leur repas avec la même cuillère, à la chaine, dans l’unique but de gagner du temps ! Bravo…

 Et l’apothéose, c’est bien l’enfant mis en body avant d’aller à table, même en hiver, sous prétexte qu’il sera -soit disant- plus à l’aise. Vous aimeriez, vous, passer à table pieds nus, en t-shirt et culotte ? Marcher sur vos aliments tombés au sol ? Et aller vous coucher avec votre t-shirt tout « cracra » ? Ce genre de pratique existe encore malheureusement, toujours dans le but de soulager ou faciliter le travail des professionnels.

 

Nous ne sommes pas des robots et, il faut le dire, être d’une bienveillance exemplaire toute une journée vis-à-vis de l’enfant requiert une patience et une maitrise de soi énorme.

Nous- même, en tant que parents, avons envie de temps en temps de mettre le mode « pause » ou de pousser quelques hurlements, car ce n’est pas évident de faire toujours ce qu’il y a de mieux pour nos enfants. Parfois la solution de facilité est bonne à prendre (une pensée particulière pour toi ma jolie télévision qui trône dans le salon ; tu m’aides, me soutiens quand je veux souffler 5 minutes. Bon, d’accord, 10 minutes. OK une demi-heure !)

 

En bref, tout ça pour dire que le but n’est pas de culpabiliser qui que ce soit, mais uniquement de prendre en compte l’enfant comme un être à part entière.

De nombreux livres sur l’amélioration de la bientraitance en institution d’accueil ont déjà traité ce sujet, non dans le but de dénoncer ces procédés sévèrement jugés mais plutôt d’accompagner certains professionnels, de les aider dans l’analyse et l’amélioration de leurs pratiques qui, comme tous usages, évoluent avec leur temps et la considération que l’on daigne surtout leur apporter.

 

 

 

Pour aller plus loin:

 

La convention relative aux droits de l'enfant, c'est quoi?

http://www.unicef.org/french/crc/

 

La journée internationnale des droits de l'enfant, où, quand?

http://www.education.gouv.fr/cid58357/journee-internationale-des-droits-de-l-enfant.html

 

http://eduscol.education.fr/cid66251/journee-internationale-des-droits-de-l-enfant.html

 

La quinzaine isséenne des droits de l'enfant:

http://www.clavim.asso.fr/theme/droits-de-lenfant/

 

Vidéo:

Avant, certaines structures ne mettaient pas vraiment l’accent sur ce qu’un accueil bienveillant se doit d’être et certains enfants développaient alors un état dépressif ou hospitalisme. Cette vidéo en témoigne.

 

Livres:

Remédier Aux Douces Violences - Outils Et Expériences, Christine Schuhl

 

Repérer et éviter les douces violences dans l'anodin du quotidien, Christine Schuhl

 

Ecrire les pratiques professionnelles : Dispositifs d'analyse de pratiques et écriture

 

Les mamans en parlent le mieux:

http://mamanbio.blogspot.fr/2011/12/la-douce-violence-et-comment-leviter.html

 

http://lebocalablogueuses.fr/les-douces-violences-savoir-les-reconnaitre/

 

 

 

Sources: 

"Remédier Aux Douces Violences - Outils Et Expériences, Christine Schuhl", témoignages de professionnels de la Petite Enfance recueillis dans le cadre de la construction de cet article, "Le printemps des crèches", et "Soutien à la parentalité: le quotidien des crèches?", Marie Guibert.

 

 

 

Please reload

Article à l'affiche
 

On a toujours fait comme ça, pourquoi ça changerait !

November 10, 2014

1/10
Please reload

Recherche par Tags

 

 
Please reload